Des nectarines ou des piscines ?

Soumis par philPoisse le jeu 23/07/2026 - 19:56

La sécheresse que les Pyrénées-Orientales ont connue entre 2021 et 2024 commence à être documentée. Si les impacts, environnementaux et socio-économiques notamment, souvent immédiats, ont été mis en avant par la presse, locale ou non, les causes de ces impacts ne l’ont pas été.
Dans « Des nectarines ou des piscines ? » Bertrand Lemartinel revient sur ces causes, dans une description sans concession des Pyrénées-Orientales.

Des nectarines ou des piscines ?

L’auteur

Géographe de formation, professeur émérite à l’Université de Perpignan Via Domitia, Bertrand Lemartinel consacre ses travaux aux relations entre les sociétés, les territoires et leur environnement. Spécialiste de géographie physique et d’aménagement, il s’intéresse depuis plusieurs décennies aux dynamiques des paysages, aux risques environnementaux et aux conséquences des choix d’aménagement sur les territoires.
Habitant des Pyrénées-Orientales, il connaît parfaitement ce territoire et en est un observateur avisé.

Le livre

Lorsque l’eau est abondante, le mauvais, voire lamentable, rendement des réseaux est peu considéré ; les modes de gestion qui relèvent de l’entre-soi ont moins d’importance. Mais lorsqu’elle manque, tout change. On redécouvre les lacunes du système – impérities, négligences ou fraude – et les risques encourus imposent des mesures d’autorité qui sont autant de contraintes plus ou moins bien supportées, quand elles ne déclenchent pas des conflits d’intérêts. Quand, en outre, les lacunes et les contraintes s’inscrivent dans des trajectoires d’aménagement territorial qui peuvent exagérer les difficultés techniques et les concurrences entre les acteurs locaux, les risques liés à la sécheresse deviennent particulièrement aigus.

Le début du livre est dédié à une démonstration très simple : la sécheresse est structurelle. Aussi importante que soit celle de 2021-2024, elle n’est pas historique, comme aiment à l’affirmer la presse, et une bonne partie des décideurs politiques et économiques.
Cette situation, parfaitement connue depuis des siècles, n’a pourtant pas été prise en compte, du moins d’une manière cohérente, par les décideurs politiques et économiques. Les politiques d’aménagement ont donc été marquées par une véritable « inconséquence ».

Bertrand Lemartinel va donc, dans la deuxième partie du livre, revenir sur les incohérences que le département a connues depuis les années 1960 et le Plan Racine.
Les problèmes principaux sont donc : une mauvaise gestion, structurelle elle aussi, de la ressource en eau ; un état des réseaux, notamment d’adduction d’eau potable, catastrophique, ce que rappelle périodiquement la Cour des comptes ; une volonté politique et économique de bâtir toujours plus de lotissements, pour accueillir une population, qui n’a globalement pas la culture de la sécheresse.
Ces problèmes sont connus, anciens et parfaitement documentés. Mais ils ne semblent être pris en compte que lors des épisodes de crises, comme ce fut le cas pendant la dernière sécheresse.

Dans la troisième et dernière partie du livre, sont traitées les conséquences de la sécheresse. Il s’agit de l’impact sur les sols, comme dans le cas des « argiles gonflantes », des incendies qui se développent et dont les impacts sont de plus en plus marqués, et du risque d’inondations futures, celles-ci étant aggravées par la dégradation des sols et un urbanisme incontrôlé.

Avis et conclusion

Quand, enfin, le modèle agricole, autrefois si favorable, se heurte aux réalités actuelles du monde extérieur, la question de sa résilience se pose. Les forces en jeu sont extraordinairement inégales et ce ne sont pas quelques mouvements de colère, aussi justifiés puissent-ils être, qui changeront la donne. Même si les soutiens institutionnels sont ici acquis, ils ne semblent pas suffisants à empêcher le recul de l’agriculture. Entre alors en jeu la valorisation de la rente foncière, puisque l’immigration accroît une population nouvelle qui cherche à s’installer. Mais cette redistribution des cartes entre population rurale et citadine, toujours dans la perspective de sécheresses marquées, est aussi l’occasion d’aménagements inconséquents.

Comme l’affirme le titre du livre, le département des Pyrénées-Orientales doit faire un choix : continuer des politiques d’aménagement du territoire qui ne pourront qu’accentuer la pression sur la ressource en eau, ou changer en profondeur son modèle socio-économique.
Le changement climatique doit devenir le paramètre principal à prendre en compte pour toutes les politiques socio-économiques. La gestion de l’eau doit devenir une priorité. Des choix forts doivent être faits en ce sens. Rien de tout cela ne se dessine aujourd’hui.

« Des nectarines ou des piscines ? » ne propose pas de troisième voie. C’est justement ce qui en fait la force : le département est mis face à un choix qu’il refuse de trancher depuis des décennies, et que la prochaine sécheresse tranchera à sa place.

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