Observations dans le cadre de la participation du public par voie électronique concernant le Pou de les Colobres

Soumis par philPoisse le mer 27/05/2026 - 12:44

À la lecture du dossier concernant le projet de ZAC du Pou de les Colobres, mon avis est une opposition franche pour les raisons qui suivent.

Un dossier bâclé

Comme cela est rappelé dans l’étude d’impact, le projet de ZAC du Pou de les Colobres est un projet ancien. Il a démarré au milieu des années 2000 et a connu plusieurs évolutions majeures au fil du temps.
La plus notable est le passage de 1 600 à 800 logements au début des années 2020.

Or, une partie de l’étude d’impact n’a clairement pas été mise à jour.
De nombreuses références à la version de 2019 sont toujours présentes dans l’étude d’impact.
La partie mobilité semble dater d’avant 2012.
Les projections de trafic routier sont basées sur 1 200 logements et la carte synthétique (page numérotée 170 de l’étude d’impact) est titrée « trafic horizon 2015 ».
Le mémoire en réponse à la MRAE permet pourtant de penser que des chiffres plus récents existent.

De même, l’analyse énergétique de GGL disponible à la fin de l’étude d’impact fait référence à la RT2012 mais jamais à la RE2020.
Cette analyse n’étant pas datée, il est probable qu’elle soit elle aussi ancienne.

Cette incapacité à mettre à jour le dossier constitue un signal particulièrement préoccupant concernant la qualité globale des études présentées.

Politique du logement

À plusieurs reprises, il est rappelé que le parc de logements de Perpignan compte 16 % de logements vacants.
Le graphique d’évolution de la population s’arrête à 2012, avec une population d’environ 120 000 habitants.

Depuis cette période, la population de Perpignan a stagné alors que plusieurs projets de lotissements ont vu le jour pour un total de plusieurs centaines de logements.
La superficie urbanisée a progressé beaucoup plus vite que la population, parfois jusqu’à trois fois plus rapidement depuis les années 1950, comme l’ont montré notamment les travaux d’Antoine de Roux.

La politique de création de lotissements périphériques favorise le dépeuplement du centre-ville, et notamment de l’hyper-centre.
De nombreux observateurs locaux, notamment des urbanistes, parlent de la « théorie de la rousquille ».

Cette politique ne peut qu’aggraver l’étalement urbain ainsi que la crise sociale que connaît le centre-ville.
La priorité devrait être la réhabilitation du bâti ancien et le maintien de la population dans ces quartiers.

La municipalité actuelle, qui agit en qualité d’exécuteur testamentaire de ses devancières, s’inscrit pleinement dans « la culture rentière » si spécifique aux Pyrénées-Orientales.

Par essence, la ZAC du Pou de les Colobres apparaît donc comme un projet mortifère.

Politique de l’eau

Comme rappelé par la MRAE ainsi que par le mémoire en réponse de la ville, le porteur de projet doit démontrer la disponibilité de la ressource en eau.
Cette obligation est d’ailleurs prévue par le SCOT depuis sa révision en 2024.

Sur ce point, l’étude d’impact demeure particulièrement vague.
La révision du SCOT ne semble pas avoir été prise en compte.
Seul le mémoire en réponse aborde réellement cette question.

Page 38, le lecteur n’a accès qu’à un tableau résumant la situation de 2024 ainsi qu’à une évocation de promesses de travaux permettant d’économiser, à terme, un million de mètres cubes par an.

Il convient pourtant de rappeler qu’en 2024, Perpignan comme l’ensemble des Pyrénées-Orientales connaissait une sécheresse historique et que de nombreuses restrictions étaient en vigueur.

Refuser de publier une série de données sur dix ans ou davantage ne permet pas d’affirmer si la consommation de 2024 a été minorée ou non du fait des restrictions.
Aucune étude prospective sérieuse ne semble par ailleurs avoir été menée.

La municipalité traite la question de l’accès à l’eau avec une légèreté difficilement acceptable.
Dans un contexte de changement climatique particulièrement marqué dans les Pyrénées-Orientales, cette absence de véritable politique publique de l’eau apparaît profondément préoccupante.

Impacts sur la biodiversité

À en croire plusieurs illustrations, le boisement spontané situé au milieu de la zone d’étude devrait être « préservé ».
Les cartes et les descriptions du projet disent pourtant tout autre chose.

Les logements collectifs et les voiries attenantes ne pourront être réalisés sans des abattages massifs.
L’étude d’impact ne chiffre pas ces destructions.

Les services écosystémiques rendus par ce boisement seront fortement dégradés et rien ne garantit qu’ils puissent être retrouvés à terme.

Comme indiqué dans l’étude d’impact, les psammodromes d’Edwards ainsi que les couleuvres de Montpellier verront une part importante de leur habitat détruit.
L’impact est classé « fort ».

Construire des logements dont l’utilité n’est pas démontrée en détruisant l’habitat d’espèces protégées ou menacées apparaît difficilement justifiable.

Concernant les chiroptères, les enjeux concernent principalement le boisement ainsi que la zone du futur collège.
Si l’impact est jugé plus faible que pour l’herpétofaune, il demeure néanmoins réel.

À la lecture du dossier, une impression persistante de mépris à l’égard de la biodiversité s’impose au lecteur.

Mobilité

L’ensemble du volet mobilité semble dater d’avant 2012, au point que le décalage entre les annonces et la réalité devient parfois saisissant.

Le principal argument avancé pour desservir le futur quartier repose sur l’existence d’un BHNS.

Or, il n’existe pas de véritable BHNS.

Le projet a été abandonné lors du changement de municipalité en 2014.
Les bus ne circulent en site propre sur l’avenue d’Argelès-sur-Mer que sur environ 700 mètres.
Le quartier n’est actuellement desservi que par la ligne 2, avec un passage approximativement toutes les trente minutes.

La desserte du quartier reposera donc essentiellement sur la voiture individuelle, à l’inverse de ce qui est affirmé dans l’étude d’impact et dans le résumé non technique.

En conséquence, le stationnement devra être réalisé au plus près des immeubles, aucune zone de parking collectif n’étant prévue.
Les mobilités douces ne constitueront vraisemblablement pas la caractéristique principale du quartier, qui perd ainsi toute cohérence avec l’idée même d’« écoquartier ».

Le futur quartier ne disposera que de trois accès : l’avenue Giraudoux, la section ouest de la rue Ansaldi et le croisement entre la rue Ansaldi et la rue de Lacretelle.

La rue Ansaldi verra donc son trafic fortement augmenter sans que cette hausse ne soit réellement chiffrée.
À terme, l’avenue Giono, débouché naturel de cette voie, risque également de connaître des phénomènes de saturation.

Là encore, l’étude d’impact ne traite pas sérieusement des besoins d’aménagement.

Une étude du trafic induit aurait dû être réalisée.
L’absence de BHNS aura également un impact significatif sur le bilan carbone du projet, alors même que le dossier reste particulièrement silencieux sur ce sujet.

La municipalité affiche ainsi son incapacité à porter une véritable politique de mobilité.

Énergie

Le projet consiste en la réalisation d’un écoquartier.
Il serait donc logique d’y trouver une analyse approfondie du potentiel énergétique du futur quartier.

Pourtant, cette étude semble ancienne puisqu’elle fait référence à la RT2012 sans jamais évoquer la RE2020.

À plusieurs reprises, il est indiqué que les constructions pourraient répondre aux critères BEPOS, mais aucune obligation réelle n’est imposée aux futurs constructeurs.

En l’absence d’engagements contraignants, notamment via un cahier de prescriptions architecturales, les objectifs avancés relèvent davantage de l’affichage que d’une stratégie concrète.

Équipements publics

Le quartier doit accueillir à terme quatre équipements publics : un collège, un centre multi-accueil, un groupe scolaire et un gymnase.

Pourtant, aucun équipement véritablement destiné à la vie quotidienne des habitants n’est prévu.
Il n’existe ni salle associative, ni annexe de mairie, ni maison de quartier, ni même d’équipements légers comme un city-stade.

Pour accéder aux équipements municipaux existants, les habitants devront quitter le quartier, principalement en voiture du fait de l’insuffisance des transports en commun.
Cette absence d’offre interroge et laisse penser qu’il s’agit avant tout d’un projet à vocation financière davantage que sociale.

Concernant le collège, deux problèmes majeurs doivent être soulignés.

D’abord, son implantation dans une zone susceptible d’être inondée lors des épisodes méditerranéens, lesquels deviennent plus fréquents et plus violents sous l’effet du changement climatique.
Le Conseil départemental ayant déjà présenté le détail du projet, il aurait été pertinent d’approfondir les études relatives à la circulation de l’eau et au risque d’inondation.

Mais le principal problème réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’une création mais d’un déplacement du collège Camus, actuellement situé dans le quartier Champs de Mars.
Aucune étude sur les conséquences sociales de ce déplacement n’a été réalisée.

Le collège Camus est aujourd’hui implanté dans un quartier Politique de la Ville (QPV) ainsi qu’en secteur Nouveau Programme National de Rénovation Urbaine (NPNRU).
Il bénéficie donc de financements spécifiques liés aux difficultés socio-économiques du secteur.
Ces financements et ces dispositifs juridiques disparaîtront automatiquement en cas de déplacement, ce qui pourrait avoir des conséquences lourdes pour les élèves concernés.

Le collège doit également passer de 400 à 600 élèves sans que l’origine de ces 200 élèves supplémentaires soit réellement identifiée.
L’impact sur la circulation automobile n’est pas davantage étudié.
Rien ne démontre que l’avenue Giraudoux soit adaptée à l’accueil d’un tel trafic, notamment composé de bus scolaires.

En somme, rien ne justifie réellement l’implantation d’un collège à cet endroit et rien n’est prévu pour accueillir correctement les élèves tout en limitant les nuisances pour les riverains.

Conclusion

Le dossier présenté dans le cadre de la ZAC du Pou de les Colobres apparaît incomplet, partiellement obsolète et insuffisamment étayé sur plusieurs points pourtant essentiels à l’évaluation du projet.

Les incohérences relevées dans les études de mobilité, l’absence de démonstration sérieuse concernant la disponibilité de la ressource en eau, la faiblesse des analyses relatives aux impacts sociaux et environnementaux ainsi que le caractère manifestement daté de plusieurs documents techniques fragilisent fortement la crédibilité de l’ensemble.

Au-delà des insuffisances techniques du dossier, ce projet pose une question plus large de cohérence territoriale.

Dans une ville marquée par un taux élevé de logements vacants, par les difficultés persistantes de son centre ancien et par des contraintes croissantes liées au changement climatique, notamment sur la ressource en eau, la poursuite de l’étalement urbain apparaît difficilement justifiable.

En l’état, le public ne dispose donc pas d’une information suffisamment précise, actualisée et complète pour apprécier correctement les conséquences réelles du projet.

Pour ces raisons, il est demandé que le dossier soit intégralement réactualisé avant toute poursuite de la procédure, notamment concernant les études de trafic, les projections liées à l’eau, les impacts environnementaux, le bilan carbone du projet ainsi que les conséquences sociales du déplacement du collège Camus.

Dans ces conditions, un avis défavorable est émis concernant le projet de ZAC du Pou de les Colobres.

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