Mon avis sur la révision du PSMV

En mars 2018 un enquête publique pour la révision du plan de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé de Perpignan. Voici le texte que j’ai envoyé au commissaire enquêteur le 3 avril 2018.

Inversion des normes

Le PSMV vaut Plan Local d’Urbanisme (PLU) pour le centre ancien de Perpignan. Il n’existe pas de documents d’urbanisme supérieur au PLU. Tout projet d’aménagement urbain doit être conforme au PLU et, le cas échéant, au PSMV.
Dans le cas de ce projet de révision il est clair que la motivation première est de permettre la réalisation du Nouveau Programme National de Rénovation Urbaine (NPNRU). Les élus en charge du NPNRU l’ont affirmé publiquement à plusieurs reprises depuis 2014.
Cela pose clairement la question de l’utilité de définir un cadre légal et réglementaire à l’urbanisme si les règles changent de manière à permettre n’importe quel projet.
Rappelons qu’aucun des projets en question n’est encore reconnu d’utilité publique.

Coût économique inconnu

Le projet de révision s’accompagne d’OAP qui pour la plupart prévoient de nombreuses démolitions, soit pour créer ou agrandir des places, soit pour créer des circulations.
Le coût économique de ces projets n’est nulle part évoqué.
En effet, de nombreuses parcelles vouées à la démolition appartiennent à des propriétaires privés et certaines sont actuellement habitées.
Il paraît peu probable à toutes personnes connaissant un peu les perpignanais que ces propriétaires et habitants acceptent ces projets sans aucune contrepartie, notamment financières.
De plus ce type d’aménagement est connu pour être coûteux.
Il faut rajouter le coût des fouilles archéologiques préventives. En effet avec une Histoire de près de 1 000 ans, le sous-sol est riche en vestiges.
On peut donc raisonnablement penser que le budget pour les projets portés par ces OAP s’élève à plusieurs millions, voire plusieurs dizaines de millions d’Euros.
Il n’est pas acceptable qu’aucune étude économique ou financière sérieuse n’accompagne ce projet de révision.

Incohérences

Les OAP prévoient la création ou l’agrandissement de places et des nouvelles circulations.
Le constat d’échec des places créées ces 20 dernières années ne semblent pas avoir été tiré.
Le cas de la place Henri Berton est symptomatique de ce manque d’analyse.
Cette place, qui a le mauvais goût d’être en pente, doit être agrandie, moyennant expulsions et démolitions, pour la dynamiser. Créer du vide pour remplir du vide semble particulièrement incohérent pour toute personne un peu sensée.

Alors que la mairie veut redynamiser la place Rigaud et la place République par la venue des étudiants de la faculté de Droit, les OAP prévoient la réalisation d’un parvis devant l’ancienne université et l’agrandissement de la place rue de la Côte Saint-Sauveur.
Ces deux places ont pour but de créer des espaces permettant aux étudiants de « comploter » (sic).
Si les étudiants investissent ces lieux, il est peu probable qu’ils occupent la place Rigaud et la place de la République.
Là aussi on baigne dans l’incohérence.

Méconnaissance de la topographie de Perpignan

Si la terre est ronde, le sol n’est lui pas plat. C’est très vrai dans le cas du vieux Perpignan.
Une rapide recherche sur Interne nous apprends que l’IGN est l’héritier d’un organisme royal, le Dépôt de la Guerre, créé en 1688 par Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV.
Plus de trois siècles après sa fondation, il paraît peu probable que l’IGN n’ait pas réalisé une carte topographique de Perpignan. Et il est encore plus improbable que les services techniques de la mairie et le bureau d’études qui a réalisé le projet n’ait pas connaissance de cette carte.
Pourtant la topographie est totalement ignorée dans ce projet.

Par exemple le parvis de l’ancienne université aura un dénivelé de près de 1,5 mètres et sa pente est perpendiculaire à la façade de l’édifice.
D’un point de vue esthétique c’est un choix assez inédit et d’un point de vue usage c’est un choix contre productif.
De la même manière les aménagements autour de la rue Jacques Dugommier ne semblent pas intégrer de façon sérieuse les problèmes de dénivelé que pose cette rue.

Une carte n’est qu’une représentation du réel, les promoteurs de cette révision semblent l’avoir oublié. L’urbanisme nécessite aussi des visites de terrain.

Violence sociale

Depuis 2014 la municipalité a rasé plus de 80 parcelles dans le centre ancien, dont une vingtaine classée en catégorie 5bis.
Ce fait montre à lui seul le peu d’égard que porte la municipalité au respect du cadre légal que pose le PSMV actuel.
Mais il montre surtout le peu d’importance que la municipalité porte à l’avis de la population, notamment du quartier Saint-Jacques, où la majorité des démolitions ont eu lieu.

En juillet 2018 près de 200 personnes se sont physiquement opposées à la démolition de l’îlot Puig. Perpignan est alors passée très près d’une émeute urbaine, dans un quartier qui a le souvenir de celles de 2005.
Or cet îlot est promis à la démolition dans le projet de révision. Et aucune mesure d’apaisement n’a pour l’heure été mise en œuvre.
Le déplacement d’une ruelle à cet endroit vaut-il une émeute urbaine ?

L’agrandissement de la place rue Côte Saint-Sauveur doit être réalisé par la démolition d’un îlot bordant la rue Rigaud et la rue de la Lune.
Les habitants de cet îlot n’ont pas été informés du projet (cf la réunion publique de l’ASPAHR du lundi 25 mars et un courrier mis en ligne sur le site de la préfecture daté du 26 mars).
La politesse la plus élémentaire voudrait que l’on informe les gens avant d’envoyer un bulldozer raser leur maison.

Ce projet de révision montre le mépris de la municipalité en place vis-à-vis des habitants, notamment des plus fragiles, et sa mise en application ne peut se faire sans une violence sociale qui provoquera de nombres troubles.

L’OAP 8 commence par une citation de Shakespeare « What is the city but the people ? ».
Clairement les personnes à l’origine de cette révision n’ont pas de réponse à cette question.

En conclusion

La version actuellement en vigueur du PSMV est le fruit d’un travail de plus de 10 ans. En comparaison la révision actuelle semble être un travail bâclé, fait à la va-vite, dans le seul but de permettre la réalisation de projets de rénovation urbaine.
La course aux crédits d’État est lancée et il faut dépenser les 100 millions d’Euros promis par le NPNRU coûte que coûte.
Tous les problèmes soulevés ici montrent la précipitation, l’amateurisme et l’absence sérieuse de prise en considération du patrimoine et, surtout, des habitants de Perpignan.
En conclusion, je vous invite, monsieur le commissaire-enquêteur, à donner un avis défavorable à ce projet de révision du PSMV.

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